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Marcher pour ne pas reculer


Marcher pour ne pas reculer

Par Farah Wikarski


Je suis de celles qui croient que marcher est une action politique.  De l’Afrique à l’Amérique du Sud en passant à maintes reprises par Montréal, j’ai marché solidairement pour diverses causes, chaque fois dans l’espoir que ma présence ajouterait à la masse la force nécessaire pour changer les choses.  Mais je ne suis pas dupe.  Je sais bien que même si 10 000 personnes sont rassemblées par un beau dimanche d’octobre pour une noble cause, la marche devra continuer parce que rien n’est jamais définitivement gagné.
  

Du pain et des roses, ça vous dit quelque chose?  C’était en 1995, alors que 800 marcheuses avaient déambulé de Montréal à Québec, et que 15 000 personnes les attendaient pour saluer l’initiative.  Du pain pour les besoins essentiels et des roses, pour la qualité de vie.  Le succès de l’événement a rapidement fait écho sur toute la planète et c’est ainsi qu’est née la Marche mondiale des femmes (MMF).
 

Depuis, à tous les cinq ans, des millions de personnes se mobilisent pour réclamer justice.  En 2000, plus de 30 000 personnes défilaient dans les rues de Montréal pour crier haut et fort leur indignation pendant que des millions d’autres à travers le monde prenaient la rue pour réaffirmer leur opposition à la pauvreté et à la violence.  En 2005, c’est 15 000 personnes qui s’étaient rassemblées dans le Vieux-Québec pour brandir fièrement la Charte mondiale des femmes pour l’humanité. Cette charte proposait les espoirs et les certitudes pour la construction d’une société humaine empreinte de valeurs d’égalité, de justice, de solidarité, de paix et de liberté. Cette année, du 12 au 17 octobre, plus de 4500 groupes provenant de 150 pays ont orchestré leurs actions pour dénoncer les politiques néolibérales et leurs impacts sur les droits des femmes.  Au Québec, dans une ambiance festive et colorée, 10 000 personnes ont marché dans les rues de Rimouski, dont plus de 150 provenaient des Laurentides.   


Le mythe de l’égalité acquise

La question est maintes fois posée.  Pourquoi une action comme la Marche mondiale des femmes est-elle encore pertinente aujourd’hui, à l’heure où les femmes semblent jouir des mêmes privilèges que les hommes ?  « C’est là qu’il importe de rester vigilantes »  déclare Sophie Gilbert, coordonnatrice du Réseau des femmes des Laurentides. « Bien qu’il soit vrai que les femmes accèdent aujourd’hui à des professions ou à des sphères universitaires auparavant réservées aux hommes, les femmes sont encore victimes d’abus de toutes sortes et restent majoritairement sous-représentées dans les instances décisionnelles». Rappelons-nous. Il n’y a pas si longtemps au Québec, une femme n’avait pas le droit de divorcer, pas le droit de se faire avorter, pas le droit de gérer ses avoirs financiers ni même d’aller voter. Un poste pouvait même être constitutionnalisé par sa génitalité! Par exemple, avant la Loi 16 de 1964, une femme mariée ne pouvait pas être gérante de banque sans l’autorisation de son mari. Il y a de cela uniquement 44 ans! Comme quoi, l’histoire est utile pour mieux juger notre présent.
   

Un autre exemple éloquent est l’entrée en vigueur de la Loi sur l’équité salariale en 1997. Dix ans plus tard, certains milieux de travail ne semblent toujours pas reconnaître la pertinence de cette loi et le salaire moyen horaire des femmes reste inférieur à celui des hommes. Selon le portrait statistique du Conseil du statut de la femme publié en 2010, l’écart du revenu moyen d’emploi entre les femmes et les hommes dans les Laurentides est l’un des plus importants au Québec. En chiffre, cela représente un revenu annuel moyen de 25 985$ pour les femmes et de 40 807$ pour les hommes, soit une différence de 14 822$. Quand on sait que les femmes sont majoritairement cheffes des familles monoparentales, les chiffres parlent d’eux-mêmes.  De plus, dans la société québécoise « développée », les statistiques relatives à la violence conjugale et aux agressions sexuelles sont totalement aberrantes et donnent lieu de se questionner sur la notion d’égalité. 


Les disparités se corrigent lentement et les efforts doivent être poursuivis même si le système global dans lequel nos sociétés évoluent est complice de cette inégalité.  Une étude de la Fédération internationale des journalistes rapportait récemment que la libre expression des femmes est gravement réduite parce que ces dernières ne constituent que le quart des vues couvertes dans les médias. De plus, le rapport constate que 46% des nouvelles renforcent les stéréotypes des genres – par exemple, l’âge des femmes est mentionné deux fois plus souvent et leur état civil près de quatre fois plus souvent que celui des hommes
[1]. Ajoutons à cette couverture médiatique, la myriade de publicités sexistes encensant une jeunesse éternelle quasi pré-pubère et il devient presque facile de comprendre l’attrait du bistouri et des crèmes miracles.  C’est en se sens que la MMF contribue à cette prise de conscience et qu’elle propose aux femmes et aux hommes de s'affranchir de leurs rôles stéréotypés afin d’édifier une société digne de tout son potentiel humain.  

 
Le Réseau des femmes des Laurentides

Crée en 1987, le Réseau des femmes des Laurentides (RFL) est un regroupement régional qui rassemble et représente les groupes de femmes de la région des Laurentides.  L’organisme agit à titre de table de concertation régionale et travaille avec ses membres à améliorer les conditions de vie des femmes.  Divers projets y voient aussi le jour. Par exemple, depuis 2 ans, une initiative intitulée « La santé mentale des femmes, une richesse pour la région » rassemble des personnes de tous les milieux du territoire des Laurentides. Ce projet intersectoriel vise notamment le partage d’expertises entre le réseau de la santé et les organismes communautaires afin d’aider les femmes directement concernées par la question.


Le projet « Citoyennes faites vos marques! », lancé en septembre dernier, se déroulera aussi sur l’ensemble du territoire des Laurentides pour les trois prochaines années.  Essentiellement, ce projet vise la collaboration de femmes qui souhaitent s’impliquer dans des sphères décisionnelles, afin de les outiller et de les accompagner dans la démarche. L’idée que les femmes peuvent maintenant accéder à des postes de direction, de conseil d’administration ou d’élue municipale aussi facilement que les hommes est galvaudée. Par exemple, selon la firme Catalyst, les femmes représentent 47% de la main-d’œuvre nationale, mais seulement 14% des membres de conseils d’administration des 500 plus grandes sociétés canadiennes recensées par le Financial Post. Il ne serait donc pas loufoque de souhaiter que le gouvernement légifère pour favoriser la parité de ces milieux, comme l’ont fait la Suisse, la Norvège et l’Espagne il y a déjà quelques années.


Évidemment, le RFL poursuivra son travail en ce qui a trait aux revendications de la Marche mondiale des femmes en compagnie de Judi Richards, porte-parole de l’événement dans la région. Présente lors des actions locale, régionale et interrégionale, Mme Richards a tenu à souligner l’importance de ce rassemblement historique pour marcher vers l’égalité. Elle a appelé les communautés des Laurentides à se mobiliser pour faire avancer les droits des femmes et a salué le courage des femmes autochtones. « Le Canada est l’un des seuls pays qui refuse encore de signer la déclaration des peuples autochtones. Ces peuples comptent parmi les personnes les plus démunies, marginalisées et maltraitées de l’humanité et nous nous devons d’être solidaires avec les femmes autochtones des Laurentides». 


Les femmes qui souhaitent avoir plus d’informations ou appuyer les actions du Réseau des femmes des Laurentides sont invitées à contacter l’organisme.  Il est de notre devoir politique et de notre responsabilité morale de faire en sorte que notre société soit un espace respectueux des droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux.  Et il n’en tient qu’à nous de construire ce projet de société.
 

Femmes et hommes de tout âge et de tout horizon, continuons de poser un pied devant l’autre comme se posent les jalons d’une longue épopée. Ensemble, rendons honneur au slogan de la MMF cette année : « Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche! »


 


[1] http://www.ifex.org/international/2010/10/06/gmmp_gender_report/fr/

 

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